
ar Saliou Samb
CONAKRY (Reuters) - Les commerces ont retrouvé leurs files d'attente et les rues leurs
embouteillages habituels mardi à Conakry à l'issue d'une crise politico-sociale de près de sept semaines,
émaillée de violences qui ont coûté la vie à 120 Guinéens.
La veille au soir, le président Lansana Conté, dont les syndicats contestent l'aptitude à régner après
23 ans d'exercice solitaire du pouvoir, avait désigné sous leur pression un Premier ministre consensuel
en la personne du diplomate chevronné Lansa Kouyaté.
Sékou Cissé, un agent de voyage de la capitale, se dit "soulagé et content" que le vieux chef de l'Etat
ait choisi cet ancien représentant de son pays à l'Onu parmi la liste des personnalités qui lui étaient
soumises par les syndicats.
"Les gens espèrent qu'il sera capable de faire du bon travail", note un diplomate étranger en faisant
état d'une certaine euphorie dans les rues de Conakry au lendemain de cette nomination.
"Mais ce qui est important, c'est de voir s'il aura la liberté de nommer une brochette de ministres
complètement nouveaux. Dans le cas contraire, je ne suis pas sûr que la grève aura abouti à quoi que ce
soit. Les gens veulent du changement", explique-t-il.
Près de sept semaines d'arrêts et reprises du travail ont considérablement perturbé l'économie du
premier pays producteur mondial de bauxite, déjà plombée par un taux d'inflation élevé et un agitation
sociale chronique.
"SE DEBARRASSER DE TOUS LES MINISTRES"
Lundi, dans le centre de la capitale, les agences bancaires étaient débordées de clients cherchant à
retirer de l'argent, ce qu'ils n'ont pu faire depuis des semaines, et les rues étaient envahies par la foule.
"Les Guinéens ont combattu et le président a répondu. J'espère maintenant que chacun de nous va
travailler pour l'avenir", confie un avocat de la capitale, Mamadouba Sanoussy amara.
Dans certains quartiers de la ville, les stigmates des violences restent visibles. Dans le faubourg de
Kipé, des carcasses calcinées de voitures gisent encore devant un commissariat de police incendié durant
les émeutes.
Les hôpitaux traitent encore les blessés atteints par les balles des forces de sécurité durant l'état
de siège qui a prévalu durant une dizaine de jours à la mi-février.
Ex-secrétaire exécutif de la Communauté économique des Etats de l'Afrique de l'Ouest, principale
organisation régionale, Kouyaté est perçu comme épargné par la corruption qui ronge de longue date
l'ancienne colonie française.
Les milieux diplomatiques attendent de ce gestionnaire politique "très expérimenté" qu'il mette sur
pied une équipe à son image, exempte a priori de tout soupçon de malversations.
"Il y a certains ministres qu'il lui sera impossible de conserver. En fait, il devra se débarrasser de
l'ensemble d'entre eux", résume un diplomate.